Christophe Granger

  • Joseph Kabris est tatoué de la tête aux pieds. C'est ainsi qu'il gagne sa vie dans les lieux de spectacle et d'exhibition de la Restauration, montrant son corps et mettant en mots l'« étrange destinée » qu'il a eue. Né à Bordeaux vers 1780, embarqué sur un baleinier anglais, il a vécu sept ans sur une des îles Marquises, Nuku Hiva. Parmi les « sauvages », il est devenu l'un d'eux. Il a appris leur monde, leurs gestes, leur langue et oublié la sienne. C'est là qu'il a été tatoué. En 1804, une expédition russe est venue et l'a arraché à son île, à sa femme et à ses enfants. Sans cesser tout à fait d'être un « sauvage », il est devenu russe, a rencontré le Tsar, avant de regagner la France. Il a repris sa langue, il a appris à dire sa vie, à lui donner les traits d'une épopée. Il a fasciné les foules. Il est devenu le monde en personne. Il est mort à 42 ans, sans jamais revoir son île.

    Kabris a ainsi multiplié les recommencements, ne cessant de voir ses habitudes s'abolir et d'en reprendre d'autres. Il devient marin, chef de guerre, professeur de natation, homme de foire, recyclant les passés qu'il a incorporés, prenant appui sur les systèmes sociaux où il se trouve. Et, chaque fois, il tire parti de ce qu'il a déjà vécu pour négocier au mieux ce qu'on attend de lui.Dans cette enquête fascinante et troublante, il ne s'agit pas seulement de découvrir à hauteur d'homme une histoire de la mondialisation dont émergent nos sociétés contemporaines. Cheminer dans cette existence se faisant, l'explorer à la manière d'une « carrière » dans laquelle Kabris s'engage, bifurque, insiste, abandonne ou se convertit, comprendre en somme comment on devient Joseph Kabris, c'est aussi saisir la manière dont le monde historique traverse une vie et la rend possible.

  • C'est l'histoire de l'été et des corps qui vont avec, allongés, dénudés, offerts au soleil. En France, elle se noue entre 1920 et 1960. Alors s'impose un répertoire proprement estival de gestes et de postures légitimes. Alors les édits changeants de la silhouette, le bronzage, l'horizontalité publique et le périmètre capricieux des dévoilements inventent, à échelle d'hommes et de femmes, de nouveaux savoir-faire et de nouvelles exclusions. Mais ce n'est pas tout. Dans la levée des accoutumances, les corps d'été ont des allures de civilisation suspendue. Ils font exister un pli annuel des rapports au monde, qui sacralise le retour à la simplicité, la variation des expériences et des identités. Cette morale des corps d'été est travaillée de jeux sociaux considérables. De résistances, aussi, et de liesses punitives, qui, oubliées depuis (ou presque), ont pourtant viscéralement tourmenté l'avènement de cette variation saisonnière des manières d'être. Il y a peu, la question du burkini a réactivé ces débats anciens, soulignant de nouveau les tiraillements sociaux qui entourent nos corps.

  • De ce côté-ci du monde, c'est l'Union européenne qui a imposé toute cette « économie du savoir ». En France, la loi Pécresse de 2007 a placé les établissements dans la nécessité non seulement de se trouver les capitaux nécessaires à leur fonctionnement, mais aussi de développer, par souci d'économie budgétaire, une gestion managériale de leur main-d'oeuvre. Sous l'insistance d'un patronat qui se mêle d'en définir les contenus, les enseignements sont pensés et professés en fonction de leurs débouchés professionnels.
    Quant à la recherche scientifique, elle a cessé d'appartenir d'abord à l'univers de la science. Financée par un système « d'appels à projets », elle suit les priorités qu'on lui donne, et ces priorités obéissent d'abord à la nécessité de soutenir l'activité économique. Recherche publique et débouchés privés ne font plus qu'un.
    La dernière partie décrit l'explosion des précaires au sein des universités. Par dizaines de milliers, les enseignantschercheurs de l'université sont à présent contractuels, post-doctorants, autoentrepreneurs, vacataires, chômeurs et parfois même travailleurs au noir. Cette précarité organisée n'est pas la conséquence des réformes libérales de l'université, elle en est la condition. Parce que les universités sont à présent maîtresses de leurs budgets, et parce que les nouveaux financements nationaux de la recherche ne permettent que des contrats courts, ce qui s'est organisé, c'est un véritable système d'exploitation salariale sous couvert de flexibilité. Ce délabrement détruit le métier d'universitaire tout entier et menace la qualité des enseignements et des recherches.
    Les luttes, parmi les étudiants et les précaires, se sont multipliées ces dernières années contre la destruction de l'université. Ensemble, elles disent le refus d'en habiter les ruines. Elles disent la nécessité de reconstruire une université.
    Non pas celle d'hier, mais une autre, conçue comme une forme de vie collective, capable, depuis l'ordre des savoirs, de faire naître une distance critique à l'endroit du monde actuel et le désir de s'organiser contre lui.L'université française est aujourd'hui la proie d'une destruction sans précédent. Les politiques de « réforme », entreprises au temps de Sarkozy et poursuivies depuis, ont soumis l'ensemble des choses universitaires - recherche, enseignement, études, diplômes - aux intérêts de l'économie de marché. L'université est sommée d'être utile et rentable.
    Les établissements, soumis à une compétition généralisée pour les capitaux, sont pensés et administrés désormais comme des entreprises privées. Les présidents d'université sont placés sous la coupe de conseils d'administration où doivent figurer des patrons et des cadres de grandes entreprises.
    Les enseignements sont devenus des « offres de formation » dont la valeur tient à leur ajustement aux « besoins du marché du travail ». Quant aux activités de recherche, elles relèvent, non plus des universitaires, mais des débouchés économiques privés. Enfin, sans que les étudiants (ou leurs parents) ne le soupçonnent, près de la moitié des universitaires qui officient aujourd'hui dans les amphithéâtres et les laboratoires du pays sont des précaires.
    Ce processus de destruction n'a rien d'un effet de la crise.
    Il n'est pas le fruit d'un ajustement nécessaire aux réalités du monde. Il est le produit d'une politique voulue, concertée et appliquée. C'est elle qui est au coeur de ce livre.
    La première partie est historique. Elle réinscrit l'actuelle décomposition de l'université dans le temps long des choses universitaires. C'est entre 1870 et 1914 qu'a pris forme l'université moderne. Jusque-là, au moins depuis Napoléon, les universitaires étaient entièrement soumis au pouvoir. La IIIe République, si éprise de science, a donné leur indépendance aux universitaires. Recrutements, cours et avancements relevaient à présent de décisions prises entre pairs. Et l'université devenait un monde unifié, où toutes les positions, des plus grandes aux plus petites, étaient reliées entre elles.
    On pouvait dessiner l'organigramme des universités. C'est ce système que les politiques de réforme des années 2000 ont anéanti.
    La seconde partie décrit cette destruction. C'est au sein de la Banque mondiale puis de l'OCDE qu'elle a pris racine.
    Vers 2000, au gré de rapports et de symposiums internationaux, ces institutions ont imposé une vision néolibérale de l'université et de ses missions. L'enseignement supérieur est désormais là pour adapter les étudiants du monde entier aux compétences que les entreprises attendent d'une maind'oeuvre qualifiée. Quant à la recherche universitaire, elle

  • Le vase de Soissons, le sou de Varenne, le masque de fer, le bouclier de Vercingétorix : qui n'en a pas entendu parler ?
    Ces objets semblent à eux seuls incarner l'histoire de France. Et pourtant... aussi légendaires soient-ils, la plupart n'existent pas

  • Que font les historiens aujourd'hui ? Comment traitent-ils des archives ou des images, des classes sociales ou de l'environnement ? Et où puisent-ils le pouvoir de produire de la vérité sur le passé ?
    L'histoire, fille du présent, n'a cessé depuis quinze ans de reformuler ses savoirs et ses questionnements. Dans le même temps, la fonction civique de l'histoire a changé de nature. Exigences mémorielles, intervention de l'État pour en réglementer le contenu officiel, retours du « grand récit national » ont imposé aux historiens de repenser leur métier. En décrivant leurs méthodes et le renouvellement des champs qui s'offrent à eux, une nouvelle génération d'historiens dessine ici le portrait vivant et accessible de l'histoire telle qu'elle se pratique au XXIe siècle.

  • L'histoire du corps est à la mode. Ce livre fait le pari d'en renverser la perspective. Il étudie non pas les corps, mais ce qui se jouait jadis à travers eux. Comment les hommes savaient faire usage de leur corps, le déchiffrer, le faire parler, se manifester à travers lui. On saisit mieux ainsi combien les sociétés passées ont puisé dans les corps le mode privilégié de leur organisation. En six chapitres qui se lisent comme autant de plongées dans les XIXe et XXe siècles, ce livre propose une autre façon de faire de l'histoire.
    On l'appellera histoire par corps.

  • Le corps, l'été : allongé, dénudé, bronzé et alangui. Retrace l'histoire de cette image, cette attitude qui apparaît en France entre 1920 et 1960.

  • Des fiches pédagogiques et à jour des dernières actualités jurisprudentielles pour fournir une synthèse accessible des règles de droit public applicables à l'administration.
    Sont abordées les questions relatives à l'organisation administrative, à l'action administrative et à ses limites ainsi qu'à la justice administrative.
    Les fiches sont accompagnées d'illustrations concrètes.

  • En prenant pour objet «le vote au village» au XXe et au XXIe siècle, ce livre s'attache à construire une sociologie et une histoire «au ras du sol» des pratiques politiques locales.À rebours des grands paradigmes interprétatifs qui voient des idéologies partout, et qui déduisent ce que font les acteurs d'une simple adhésion à des idées politiques, les contributeurs - historiens, sociologues et politistes - s'inspirent d'une approche écologique du vote soucieuse de saisir l'électeur en contexte.Si le principe de l'élection est loin de résumer l'ensemble des rapports au politique et des occasions au gré desquelles ces rapports se nouent, il constitue en la matière un observatoire particulièrement fertile pour analyser les pratiques, la manière changeante dont elles s'organisent, les répertoires d'appréciation que mobilisent les acteurs et les circonstances dans lesquelles ils les mobilisent dès lors qu'ils votent.

  • Sybille Thiberge est étudiante en psychologie, mais sa véritable passion c'est François Bruner, un de ses professeurs.

    Pour le côtoyer, elle s'inscrit aux tests de parapsychologie qu'il organise. Et entre autres, les célèbres cartes de Zener qu'on présente cachées et dont il faut reconnaître les symboles .

    Mais plus les tests sont difficiles, plus Sybille ressent des troubles physiques, et des agressions mentales. Elle devient sujette à des hallucinations terrifiantes...
    Et, en enquêtant sur « le protocole Zener », elle découvre qu'il est exclusivement subi par des animaux...


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