L'association

  • A l'aube de ses 80 ans, le dessinateur Edmond Baudoin se lance dans la réalisation de ce livre qu'il porte en lui depuis longtemps. Le titre est sans équivoque : Fleurs de cimetière. Une longue et ambitieuse autobiographie qui se déroule au fil de pages composites, denses, où l'évocation des moments passés se mêle aux commentaires rétrospectifs, aux citations d'écrivains admirés ou aux portraits de l'artiste réalisés par des proches.
    Edmond raconte son père, sa mère, le temps de l'enfance, passée à dessiner aux côtés de Piero, son frère admiré. Remontant le fil des années, il évoque une existence vorace de liberté, qui n'obéit qu'à une seule boussole, le dessin, la peinture, l'écriture. L'auteur déplie ses contradictions, expose ses relations familiales et tente de disséquer, incertain, son rapport aux femmes. Vaste ouvrage à la narration audacieuse, Fleurs de cimetière semble suivre les courbes de la mémoire et ses mystères.
    Les époques, les personnages se côtoient au grès de pages-collages foisonnantes. Comme si Edmond souhaitait pouvoir tout réagencer une dernière fois. Car dès les premières pages, l'artiste prévient : j'écris sur quelqu'un qui va mourir inabouti.

  • La rue Thiers, celle qui fut jadis, au temps des usines, l'une des plus bruyantes de Longwy, est désormais silencieuse. Dans une maison, à l'abri d'une fenêtre, protégé par le temps qui s'est écoulé, Vanoli découvre les silhouettes fantomatiques de ses camarades d'enfance dont les visages grimaçant le plonge dans son passé. C'est à un voyage dans le temps doux-amer que nous convie Vincent Vanoli. Doux parce qu'il a la saveur de l'enfance, du temps suspendu qu'étire la contemplation des escargots dans le potager.
    Doux encore, comme le "lait-lait" que l'on boit avec les copains tandis que la maison familiale avec son grenier, ses passages secrets et ses escaliers offre un terrain de jeux et d'aventures hors-pair. Un monde archaïque qui pourtant va peu à peu se craqueler et révéler son impermanence... Les relations sociales se compliquent, le cocon familial laisse apparaître des dissensions, tandis que sévit, dans le bassin lorrain, la crise de la sidérurgie.
    Vanoli en est conscient, le temps qui passe sédimente et déforme les souvenirs, estompant certaines expériences pour mieux en révéler d'autres qui s'agrègent, formant une mythologie personnelle. Avec son dessin expressionniste et texturé aux mille nuances de gris, ses personnages sautillant, Vanoli nous immerge avec un humour grotesque dans son enfance lorraine. Un récit tournoyant aux allures de songe.

  • La Roya est un fleuve qui prend sa source en France, au col de Tende et se jette dans la Méditerranée à Vintimille, en Italie. Durant l'été 2017, Baudoin et Troubs ont parcouru cette vallée à la rencontre des membres du collectif « Roya Citoyenne », des gens qui, comme Cédric Herrou, viennent en aide aux migrants qui tentent de passer la frontière. Comme à leur habitude (Viva la vida, Le Goût de la terre), ils ont rempli leurs carnets de portraits et ils interrogent avec bienveillance et simplicité, la violence du monde et l'humanité qui en jaillit. Cette fois ils sont ici, dans le sud de la France, confrontés au racisme et à la solidarité. Cette question ne les quitte pas : « Pourquoi pour moi c'est possible et pas pour un Afghan, un Soudanais, un Érythréen, un... ? ».

    Préfacé par J.M.G Le Clézio, Humains interroge notre vivre ensemble et notre projet européen confronté aux migrations politiques aujourd'hui et climatiques demain et nous rappelle que ce que les états qualifient de flux représentent en fait de précieuses vies humaines.

  • Couma Acò est paru chez Futuropolis en 1991 et a obtenu l'Alph'Art du meilleur album en 1992. Dans ce livre, son premier à être ouvertement autobiographique, Baudoin met en forme les souvenirs relatifs à son grand-père, un homme de la terre qui ne parlait pas beaucoup, une figure qui l'a énormément marqué dans son enfance.
    Couma Acò se situe chronologiquement entre Le Portrait et Éloge de la poussière.

  • Originellement paru dans la prestigieuse collection « 30-40 » de Futuropolis, Le Portrait est longtemps resté épuisé.
    Cette réédition, dotée d'une nouvelle couverture, vient trouver tout logiquement sa place aux côtés des travaux ultérieurs de Baudoin. Parabole magistrale sur le thème de l'artiste et du modèle, Le Portrait est un des chef-d'oeuvre de Baudoin, un classique de la bande dessinée.

  • Dans la Russie prérévolutionnaire de la fin du XIXè siècle, Simirniakov, fils, petit fils, arrière petit fils de propriétaire terrien, affronte, avec l'aide du fidèle Oboïevski, intendant et régisseur du domaine, la désobéissance narquoise et grandissante de ses serfs. La situation s'envenime quand Nounourskine, son fils, incendie une isba lors d'une nuit d'ivresse. Las des responsabilités engendrées par son statut de chef de famille et l'administration de sa propriété, il doute, fuit, aspire à la solitude et la tranquillité d'une vie simple.
    Après avoir déposé sa famille à St Petersbourg, il assiste, déguisé, à une réunion de moujiks révolutionnaires organisée par un syndicat dont il a lui-même encouragé la création. Démasqué, Simirniakov cède son domaine aux moujiks et s'exile volontairement dans la cabane de son enfance. Inquiet de sa disparition, Oboeïvski tente d'organiser une battue avec les moujiks, qui désormais affranchis, refusent.
    C'est seul lui aussi qu'il s'enfonce dans le terrible hiver russe. D'un fait historique, l'abolition du servage en Russie qui conduira à la révolution de 1917, Vanoli a conçu ce conte qui oscille entre drame et burlesque, politique et trivialité. On y croise des chansons des Beatles et des moujiks volants, un cheval qui parle, et la modernité en marche. Du très bon Vanoli, expressionniste et glacé.

  • Alma

    Claire Braud

    Après l'excellent Mambo (Prix Artemisia 2012), Claire Braud revient enfin avec une nouvelle Eperluette.
    Alma, l'héroïne de cette fiction, dirige une petite communauté, qui vit en bordure de la jungle, dans ce qui ressemble bien à un paradis perdu, à l'écart de la civilisation. Leur existence est menacée par l'armée, qui capture leurs buffles pour nourrir ses troupes. Alma partie, de rage, détruire sa ferme, les hommes du village attendent son retour, occupés aux préparatifs d'une soirée d'anniversaire. Tous s'inquiètent pour leur ave-nir, dans ce pays menacé par l'armée, par les touristes et par la pollution.
    Avec ce récit mystérieux et sensuel, au rythme enlevé, Claire Braud confirme, après le ravissement de Mambo, tous les espoirs placés en elle.

  • Quelque part dans un pays lointain, deux hommes errent sur les plages en quête d'amis ou de tranquillité. Après avoir dégoté un bateau dans de louches condi-tions, ils embarquent pour une croisière à la dérive, pleine de créatures surpre-nantes, d'angoisses et de splendeurs au milieu d'une mer sombre et agitée.
    Ce voyage, entamé pour tromper l'ennui, les amènent à accoster en des terres hostiles, peuplées tantôt de sirènes, d'Ostraciens ou de touristes. Ils doivent lutter avec des Visigres, monstres marins « parfaitement identifiables à leurs poils sous les bras », ou des naufrageurs sauvages. Leurs rêves de gloire se brisent sur un brutal retour à la réalité, qui inaugure encore de nouveaux songes.

  • Récit presque sans case, comme une plongée sans filet dans la vie, Rocco est un récit d'apprentissage.
    Sans case, sauf quand l'histoire est dans l'histoire, Vanoli nous narre, à la manière d'un Giotto à la fois expressionniste et chinois, les tribulations sinueuses du naïf Rocco qui, au sortir de ses études, s'en va parcourir le monde dans un Moyen-Âge de fabliaux. Chaque page est une superbe com-position articulée autour d'un chemin tortueux. Sans jamais nous faire perdre le fil, Vanoli égare son personnage en se permettant toutes les bifurcations, tous les allers-retours, toutes les digressions, les commentaires, toutes les fantaisies topographiques et temporelles. Le jeune Rocco se veut con-teur. Il apprendra d'abord à écouter avant de raconter. Pour-suivi par la peste qui nous menace tous au long de ces his-toires gigognes, de ce récit picaresque, il finira par entendre la voix de ceux qui n'ont pas la parole. Le roman d'apprentissage d'un auteur. Du très grand Vanoli !

  • Après Bande de sonnets qui puisait son inspiration dans la poésie classique, et après Le Cycle, L'Elite et Le Cercle Vicieux, Etienne Lécroart installe l'OuBaPo sur le terrain des mathématiques, à l'exemple des fondateurs de son prédécesseur litté-raire, l'OuLiPo. Eodermdromes, carrés latins orthogonaux, algèbre de Boole : Contes & décomptes propose de nouvelles contraintes, à partir de formules, de calculs et de figures géométriques, comme autant de casse-têtes ludiques à dé-chiffrer.
    Prenant appui sur le nombre d'or, ou sur le nombre Pi pour raconter ses vacances en Grèce, Etienne Lécroart aime à moquer la vanité humaine, les jeunes, les vieux, les savants et les légendes du Far West. Mais ces histoires recèlent aussi beaucoup d'émotion, dans la difficulté de communiquer, dans l'évocation de ses souvenirs et de ses peines.
    Avec ces contraintes mathématiques, Etienne Lécroart a trouvé la voie pour livrer son recueil le plus introspectif.

  • L'auteur évoque les expériences familiales, dans la macrobiotique ou de vie communautaire, avec comme toile de fond l'épilepsie de son frère aîné. Mélanges de souvenirs et de visions oniriques.

  • Au Travail, second du nom ? Donnant suite au jet d'encre éclairé du volume inaugural, Olivier Josso-Hamel continue son exploration autobiographique. Toujours sur papier radiologique, il inspecte la bande dessinée et les origines de sa propre pratique : après un feu orange haut en symbole et en couleur, l'auteur passe au vert, allégorie végétale pétrie d'espoir salutaire.
    Dans ce deuxième opus, un trait précis sert une lettre soignée afin de sonder un parcours humain et artistique construit dès l'enfance. À travers les figures de son passé, réelles ou dessinées, Olivier Josso-Hamel questionne ici la mémoire et l'absence : quand la famille devient monde du silence, un père disparu peut en cacher bien d'autres. Pourtant, racines et images subsistent, illustrées par une transmission bibliophile issue du Saint-Nazaire de l'après-guerre. Tel un pudique puzzle se dévoilant par à-coups, l'auteur remonte ses pièces manquantes au fil du temps, sans nostalgie mais en quête de sens et de vie. D'une empreinte singulière, les planches d'Au Travail témoignent au présent des perceptions de l'artiste face à l'existence comme à l'activité de création.
    La bande dessinée et sa part d'inconscient y sont vivement convoquées : après La Mauvaise Tête de Franquin du tome 1, ce volume 2 rend hommage à L'Île Noire de Hergé pour s'achever en un lieu idoine avec Dubout, Sempé, Reiser et Bretécher. Vaste chantier conceptuel, Au Travail nous transporte au sein de pages à double charge, où l'introspection graphique se teinte d'hypnose sensible.

  • "Pourquoi fais-je de la bande dessinée ?..." Chez Olivier Josso, cette question récurrente a peu à peu tissé un noeud de frustration, où s'opposent l'incommunicabilité et le désir de dire. Y répondre tient alors de l'urgence, de la réelle nécessité... dont acte : Au travail. Abandonnant la gomme, le crayon à papier et les hachures peaufinées - jusque là, ses garde-fous habituels -, l'auteur se jette à l'encre sans filet et plonge dans les profondeurs de son passé. À la surface du même papier orange sur lequel il dessinait enfant, il fait remonter les manques et les silences, comblés par l'empreinte salutaire de lectures illustrées. Ces dernières font ici figure de tatouages, de madeleines voire de pierres angulaires, qu'il revisite au gré de son histoire personnelle. Et si la plume se lâche, au risque de gratter, c'est pour mieux respirer.
    Au travail est un jeu de piste et de construction, une quête de sens et d'identité autour de la création en bande dessinée : un vrai hommage à la bande-dessinée.

  • On connaît Haïti, malheureusement, par son omniprésence dans l'actualité, toutes les catastrophes politiques et naturelles auxquelles le pays a du^ faire face ces dernières années.
    Ici, pas de drame, c'est autre chose que nous proposent Grégoire Carlé et Sylvestre Bouquet. Animés tous deux d'une passion pour les mythologies et les cultures primitives des quatre coins du globe, ils ont obtenu en 2012 le soutien financier du Centre Européen d'Actions Artistiques Contemporaines de Strasbourg pour une résidence à Jacmel, en Haïti. Dans Trou Zombi (qui est le nom d'un lieu-dit haïtien), ils nous racontent par une série d'anecdotes souvent drôles leur quête mystique, qui les mènera jusqu' à une véritable cérémonie vaudou. Ils décrivent le quotidien le plus trivial de deux blancs-becs en Haïti, évoquent les odeurs, les sons et les images qui les assaillent, révèlent la manière très particulière dont les haïtiens, du moins ceux qu'ils croisent, vivent leur foi.
    Le récit est ponctué de magnifiques dessins pleine page, à mi-chemin entre icône religieuse et arcane de tarot, comme pour illustrer l'évangile de leur cheminement vers l'expérience ultime.
    Les styles graphiques très différents des deux auteurs se croisent et se répondent, chacun enrichissant de son point de vue la narration de l'autre. C'est une oeuvre ambitieuse qui mêle récit de voyage et témoignage humanitaire alimentée d'une vision onirique, poétique et d'autodérision.

  • L'auteur évoque les expériences familiales, dans la macrobiotique ou de vie communautaire, avec comme toile de fond l'épilepsie de son frère aîné. Mélanges de souvenirs et de visions oniriques.

  • L'auteur évoque les expériences familiales, dans la macrobiotique ou de vie communautaire, avec comme toile de fond l'épilepsie de son frère aîné. Mélanges de souvenirs et de visions oniriques.

  • Un père emmène malgré lui son fils dans les territoires inconnus derrière le grand lac qui surgissent des montagnes dressées. Quand le père voit son fils emporté par un nuage de traits, le voyage d'exploration se transforme soudain en recherche effrénée, puis en fuite éperdue.

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